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Chef de projet digital freelance : comment se rémunérer intelligemment ?

Chef de projet digital freelance : comment se rémunérer intelligemment ?

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Vous avez créé votre société, vos premières missions tournent, et vous vous posez enfin la vraie question : combien vous verser chaque mois, et comment ? C'est une question que beaucoup de chefs de projet digital freelances reportent, en se virant "ce qui reste" en fin de mois ou en calquant leur rémunération sur leur ancien salaire sans réfléchir aux conséquences fiscales.

Pourtant, la façon dont vous vous rémunérez depuis votre société a un impact direct sur ce que vous gardez réellement en poche, sur votre protection sociale et sur votre fiscalité personnelle. Voici comment aborder ce sujet de façon concrète.

Les deux leviers de rémunération disponibles en société

En SASU ou en EURL, vous disposez de deux façons de vous rémunérer depuis votre société : le salaire et les dividendes. Ces deux mécanismes ne fonctionnent pas de la même façon, n'ont pas le même coût en charges sociales, et ne produisent pas les mêmes droits sociaux. Les comprendre est la première étape avant de construire une stratégie de rémunération.

Le salaire : coûteux mais protecteur

En SASU, le président assimilé salarié paie des charges sociales sur son salaire à un taux global d'environ 65 à 80% du salaire net selon le niveau de rémunération. Concrètement, si vous vous versez 3 000 euros nets par mois, votre société paie environ 5 000 à 5 500 euros de charges sociales totales (patronales et salariales).

Ce coût élevé s'explique par la qualité de la protection sociale associée : cotisation retraite au régime général, indemnités journalières en cas d'arrêt maladie, droits à la prévoyance. C'est la couverture la plus proche de celle d'un salarié, ce qui a une valeur réelle notamment en cas de pépin de santé ou pour la constitution de droits à la retraite.

En EURL, le gérant TNS paie des charges sociales à un taux global d'environ 40 à 45% de sa rémunération nette. Le coût est moins élevé, mais la protection sociale l'est aussi : pas d'indemnités journalières au même niveau, retraite moins bien cotisée, pas d'assurance chômage.

Les dividendes : efficaces sur les bénéfices excédentaires

Les dividendes sont prélevés sur les bénéfices de votre société après paiement de l'IS. En SASU, ils sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30%, qui comprend 12,8% d'impôt sur le revenu et 17,2% de prélèvements sociaux. Pas de cotisations sociales supplémentaires, pas de droits sociaux générés.

En EURL, les dividendes dépassant 10% du capital social et des comptes courants d'associés sont soumis aux cotisations sociales TNS en plus des prélèvements sociaux. Ce qui réduit considérablement l'avantage des dividendes en EURL par rapport à la SASU.

L'arbitrage salaire-dividendes en SASU est donc potentiellement intéressant : vous pouvez réduire votre salaire mensuel, accumuler des bénéfices dans la société, puis vous verser des dividendes en fin d'exercice à un taux global de 30%, sans cotisations sociales. Mais cet arbitrage a des limites qu'il faut comprendre avant de l'appliquer.

Comment construire sa rémunération mensuelle en pratique ?

La question du niveau de rémunération mensuelle est souvent abordée sous l'angle de l'optimisation fiscale : "quel salaire me verser pour payer le moins de charges possible ?". C'est une approche partielle. La bonne question est : "quel salaire me verser pour couvrir mes besoins personnels, maintenir ma protection sociale et laisser suffisamment de trésorerie dans la société pour son développement ?"

Etape 1 : calculez vos besoins personnels réels

Commencez par lister vos charges personnelles fixes : loyer ou remboursement de crédit, alimentation, transports, abonnements, loisirs, épargne personnelle. Ajoutez une marge de sécurité pour les dépenses imprévues. Ce montant est votre plancher de rémunération : le minimum dont vous avez besoin pour vivre sans puiser dans votre épargne personnelle.

Ce calcul évident est pourtant souvent omis. Des chefs de projet digital freelance se versent un salaire déconnecté de leurs besoins réels, soit trop faible et générateur de stress financier, soit trop élevé et destructeur de trésorerie pour la société.

Etape 2 : évaluez la capacité de rémunération de votre société

Votre société peut vous rémunérer dans la limite de sa capacité financière. Si votre CA mensuel moyen est de 8 000 euros et que vos charges fixes de société (expert-comptable, outils, frais divers) représentent 1 500 euros, votre capacité brute de rémunération avant charges sociales est d'environ 6 500 euros.

Sur ces 6 500 euros, si vous vous versez 3 000 euros nets, les charges sociales patronales et salariales représentent environ 2 500 euros supplémentaires. Il reste environ 1 000 euros de bénéfice avant IS dans la société, soumis à 15% d'IS sur les premiers 42 500 euros de bénéfice annuel. La société accumule donc chaque mois un bénéfice net d'IS qu'elle pourra distribuer en dividendes en fin d'exercice ou conserver pour financer sa croissance.

Etape 3 : calibrez votre salaire selon votre situation personnelle

Il n'existe pas de salaire optimal universel pour un chef de projet digital freelance en SASU. Mais quelques repères pratiques permettent de se positionner.

Un chef de projet digital en SASU avec 60 000 euros de CA annuel se verse généralement entre 2 000 et 2 500 euros nets par mois. Ce niveau de rémunération laisse de la trésorerie dans la société pour les mois creux et pour les dividendes de fin d'année.

Avec 80 000 à 100 000 euros de CA annuel, une rémunération de 2 500 à 3 500 euros nets par mois est cohérente avec un maintien de bénéfices significatifs dans la société, distribuables en dividendes à 30% de prélèvement global.

Au-delà de 100 000 euros de CA, la stratégie de rémunération doit être construite individuellement selon les projets de la société, les besoins personnels et l'horizon de distribution des dividendes.

L'arbitrage salaire-dividendes : quand et comment l'activer ?

L'arbitrage salaire-dividendes est pertinent dans une situation précise : votre société dégage des bénéfices après IS significatifs, et vous n'avez pas besoin de les prélever immédiatement pour couvrir vos besoins personnels.

Le calcul de l'avantage réel

Prenons un exemple concret. Votre SASU dégage 20 000 euros de bénéfice net d'IS en fin d'exercice. Vous avez deux options : vous verser ces 20 000 euros en salaire complémentaire, ou les distribuer en dividendes.

En salaire complémentaire, les 20 000 euros bruts génèrent environ 8 000 euros de charges sociales. Vous percevez environ 12 000 euros nets, imposables à l'IR selon votre tranche marginale.

En dividendes, les 20 000 euros sont soumis au PFU de 30%. Vous percevez 14 000 euros nets, sans charges sociales supplémentaires et sans impact sur votre IR au-delà du PFU déjà prélevé à la source.

L'avantage des dividendes est ici de 2 000 euros, auxquels s'ajoute l'avantage fiscal si votre tranche marginale d'IR est supérieure à 12,8%. Pour un chef de projet digital avec un revenu annuel de 40 000 euros nets, la tranche marginale est de 30%, ce qui renforce l'avantage des dividendes par rapport au salaire complémentaire.

Les limites de cet arbitrage

L'arbitrage salaire-dividendes a des limites réelles qu'il faut intégrer dans le raisonnement.

La première est la protection sociale. Chaque euro de salaire que vous ne vous versez pas est un euro qui ne cotise pas pour votre retraite, ne génère pas de droits aux indemnités journalières et ne renforce pas votre couverture prévoyance. Sur le long terme, sous-rémunérer en salaire pour maximiser les dividendes peut se révéler coûteux si vous n'avez pas compensé par une épargne retraite privée (PER) ou une prévoyance complémentaire.

La deuxième est la temporalité. Les dividendes ne peuvent être distribués qu'une fois par an, après approbation des comptes et tenue de l'assemblée générale annuelle. Vous ne pouvez pas vous verser des dividendes chaque mois. Si vos besoins personnels nécessitent un flux mensuel régulier, le salaire reste incontournable pour la majeure partie de votre rémunération.

La troisième est la trésorerie. Distribuer des dividendes, c'est sortir de la trésorerie de la société. Si votre société a des projets de développement, des investissements à financer ou simplement un matelas de sécurité à maintenir, distribuer l'intégralité des bénéfices en dividendes peut fragiliser sa situation financière.

Le cas particulier des premiers mois avec l'ARE

Si vous avez ouvert des droits au chômage avant de créer votre société, les premiers mois de votre activité de chef de projet digital freelance méritent une approche spécifique de la rémunération.

En ne vous versant pas de salaire depuis votre SASU pendant les premiers mois, vous pouvez maintenir le versement de vos allocations chômage (ARE) en intégralité. Votre société génère du CA, vous construisez votre clientèle, et vous êtes couvert financièrement par France Travail pendant cette phase de démarrage.

Dès que vous commencez à vous verser un salaire, l'ARE est réduite proportionnellement. La stratégie optimale est donc de différer le début de votre rémunération autant que votre situation personnelle le permet, pour maximiser la durée de versement de vos droits. Nous avions détaillé ce mécanisme dans notre sujet sur le statut juridique du chef de projet digital freelance : les mêmes principes s'appliquent ici.

Les outils pour piloter sa rémunération au quotidien

Une fois la stratégie de rémunération définie, il faut la piloter dans le temps. Deux outils sont particulièrement utiles pour un chef de projet digital freelance.

Le premier est un tableau de bord de trésorerie simple, mis à jour mensuellement, qui permet de suivre l'évolution du solde de la société après paiement de votre salaire et des charges. Si le solde dérive à la baisse sur plusieurs mois consécutifs, c'est le signal que votre niveau de rémunération est trop élevé par rapport à votre CA réel.

Le second est un simulateur de rémunération comme Gerem, qui permet de modéliser différents scénarios d'arbitrage salaire-dividendes selon votre CA, vos charges et votre situation personnelle. Cet outil, utilisé avec votre expert-comptable, vous donne une vision chiffrée précise des conséquences de chaque option avant de la mettre en œuvre.

Excilio construit avec vous la stratégie de rémunération adaptée à votre activité

La rémunération d'un chef de projet digital freelance en société n'est pas un sujet qu'on règle une fois pour toutes au moment de la création. C'est un pilotage continu qui évolue avec votre CA, votre situation personnelle et vos projets.

Excilio accompagne les chefs de projet digital et les professionnels des métiers du web sur la construction et le suivi de leur stratégie de rémunération : simulation des scénarios salaire-dividendes, anticipation des charges sociales et de l'IS, mise en place des bons outils de pilotage et révision annuelle selon l'évolution de l'activité. Si vous n'êtes pas certain que votre niveau de rémunération actuel est optimal pour votre situation, c'est exactement le type de question qu'on adresse lors d'un premier échange.

Équipe Excilio

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