SASU à l'IR ou à l'IS : quel régime fiscal choisir en 2026/2027 ?

La SASU est soumise à l'Impôt sur les Sociétés par défaut. Mais pendant les 5 premières années d'existence, vous pouvez opter pour l'Impôt sur le Revenu. Cette option est présentée comme un avantage par beaucoup d'entrepreneurs et elle peut effectivement l'être dans certaines situations. Mais elle est aussi source de confusions et d'erreurs de calcul qui amènent des dirigeants à payer plus d'impôts qu'avec le régime par défaut.
Ce guide vous donne les éléments précis pour choisir en connaissance de cause, avec des simulations adaptées aux profils types de la clientèle Excilio : freelances, e-commerçants, créateurs de contenu, consultants digitaux.
Les conditions d'accès à l'IR en SASU
L'option pour l'IR n'est pas accessible à toutes les SASU. Cinq conditions cumulatives doivent être réunies au moment de l'option.
La SASU doit avoir moins de 5 ans d'existence à la date de l'option. Son chiffre d'affaires annuel ou son total de bilan doit être inférieur à 10 millions d'euros. Elle doit exercer une activité commerciale, artisanale, libérale ou agricole (pas les sociétés holdings pures). Son capital doit être détenu à plus de 50% par des personnes physiques, dont au moins 34% par le dirigeant ou les membres de sa famille. Elle doit employer moins de 50 salariés.
L'option doit être formulée dans les 3 mois suivant la date de création de la SASU pour s'appliquer dès le premier exercice. Si vous créez votre SASU en janvier et que vous ne demandez pas l'option dans les 3 premiers mois, vous êtes automatiquement à l'IS pour le premier exercice. L'option peut ensuite être exercée à n'importe quel moment pendant les 5 premières années, avec prise d'effet à l'exercice suivant.
L'option pour l'IR est limitée à 5 exercices consécutifs maximum. À l'issue de cette période, la SASU bascule automatiquement à l'IS de façon définitive. La renonciation à l'option IR avant ce délai est possible mais irrévocable : une SASU qui renonce à l'IR ne peut pas y revenir.
Comment fonctionne la SASU à l'IR ?
Dans une SASU à l'IR, les bénéfices de la société sont directement imposés dans la déclaration personnelle du président-associé unique, dans la catégorie BIC (Bénéfices Industriels et Commerciaux) pour les activités commerciales ou BNC pour les professions libérales. Le bénéfice s'ajoute à vos autres revenus du foyer et est soumis au barème progressif de l'IR.
La caractéristique fondamentale de la SASU à l'IR est que la rémunération versée au président n'est pas déductible du bénéfice imposable. En SASU à l'IS, le salaire du président est une charge déductible qui réduit la base d'IS. En SASU à l'IR, verser ou ne pas se verser de salaire n'a aucun impact sur le bénéfice imposable : c'est la totalité du bénéfice de la société qui remonte dans votre déclaration personnelle, que vous vous soyez versé 0 euro ou 30 000 euros de salaire.
En revanche, si vous ne vous versez pas de salaire en SASU à l'IR, vous ne payez pas de cotisations sociales assimilé salarié. Vous payez uniquement les prélèvements sociaux (CSG-CRDS) sur votre bénéfice dans votre déclaration de revenus, au taux de 17,2%.
Ce point est souvent mal compris : le taux de 9,2% parfois cité dans d'autres sources correspond à la seule CSG déductible, pas à l'ensemble des prélèvements sociaux. Le taux complet des prélèvements sociaux applicable aux revenus d'activité en SASU à l'IR est de 17,2% (CSG à 9,2% dont 6,8% déductible, CRDS à 0,5%, prélèvement de solidarité à 7,5%).
Comment fonctionne la SASU à l'IS ?
Dans une SASU à l'IS, les bénéfices de la société sont imposés au niveau de la société, pas du dirigeant. Les taux applicables en 2026 : 15% sur les premiers 42 500 euros de bénéfice net, 25% au-delà (sous réserve de remplir les conditions pour le taux réduit : CA inférieur à 10 millions d'euros, capital entièrement libéré, détenu à 75% minimum par des personnes physiques).
Le président se verse un salaire qui est une charge déductible du bénéfice imposable à l'IS. Les cotisations sociales assimilé salarié représentent environ 1,75 à 1,82 fois le salaire net versé. Si le président ne se verse pas de salaire, aucune charge sociale n'est due mais aucun droit social non plus.
Les bénéfices restants après IS peuvent être distribués en dividendes (flat tax de 30%) ou conservés en réserves dans la société.
Simulations comparatives selon votre profil
Profil 1 : freelance digital avec peu de charges, démarrage
Situation : SASU nouvellement créée, CA de 60 000 euros HT, charges déductibles de 5 000 euros (abonnements SaaS, frais professionnels), pas de salaire versé, dirigeant célibataire sans autres revenus.
SASU à l'IR
Bénéfice imposable : 60 000 - 5 000 = 55 000 euros. Pas de cotisations sociales (pas de salaire). Prélèvements sociaux sur 55 000 euros à 17,2% : 9 460 euros. IR sur 55 000 euros (barème progressif 2026, personne seule) : environ 10 700 euros. Total charges : 20 160 euros. Net disponible : 34 840 euros. Aucune protection sociale, aucune cotisation retraite.
SASU à l'IS avec salaire minimal
Salaire net mensuel versé : 1 500 euros (18 000 euros/an). Charges sociales assimilé salarié : 18 000 × 0,82 = 14 760 euros. Bénéfice imposable à l'IS : 60 000 - 5 000 - 18 000 - 14 760 = 22 240 euros. IS à 15% : 3 336 euros. Bénéfice net après IS : 18 904 euros en réserves ou distribuables. Rémunération nette totale : 18 000 euros de salaire net + possibilité de distribuer une partie des réserves. Protection sociale et retraite acquises sur le salaire versé.
Conclusion profil 1 : la SASU à l'IR génère plus de net immédiat (34 840 euros vs 18 000 euros de salaire net direct) mais sans protection sociale ni retraite. En comparant le revenu net disponible en incluant une mutuelle et un PER à financer personnellement depuis le net SASU à l'IR, l'avantage réel se réduit. La SASU à l'IS avec salaire minimal est souvent préférable dès lors qu'on intègre la valeur de la protection sociale.
Profil 2 : e-commerçant avec charges importantes
Situation : e-commerçant Shopify, CA de 200 000 euros, coût d'achat des marchandises de 120 000 euros, frais logistiques et publicité de 25 000 euros, frais généraux de 5 000 euros. Bénéfice avant rémunération : 50 000 euros.
SASU à l'IR
La rémunération n'étant pas déductible en IR, le bénéfice imposable est 50 000 euros. IR sur 50 000 euros (personne seule) : environ 9 800 euros. Prélèvements sociaux à 17,2% : 8 600 euros. Total charges : 18 400 euros. Net disponible : 31 600 euros. Pas de protection sociale ni retraite.
SASU à l'IS
Le dirigeant se verse 2 000 euros nets/mois (24 000 euros/an). Charges sociales : 24 000 × 0,82 = 19 680 euros. Bénéfice imposable à l'IS : 50 000 - 24 000 - 19 680 = 6 320 euros. IS à 15% : 948 euros. Revenu net direct : 24 000 euros de salaire + protection sociale. Réserves disponibles : 5 372 euros. Distribution possible en dividendes ultérieurement.
Conclusion profil 2 : pour cet e-commerçant, la SASU à l'IS est clairement avantageuse. Charges totales plus faibles, protection sociale incluse, et bénéfice résiduel taxé à 15% seulement.
Profil 3 : créateur de contenu avec revenus mixtes
Un créateur qui a d'autres revenus dans son foyer fiscal (salaire du conjoint à 45 000 euros) et une SASU à l'IR avec 40 000 euros de bénéfice se retrouve à imposer ses 40 000 euros en plus des 45 000 euros du conjoint, soit un total de 85 000 euros de revenu imposable pour le foyer. Sa tranche marginale sera à 41%. L'IS à 15 à 25% devient mécaniquement plus favorable.
C'est la situation la plus fréquemment oubliée dans les simulations : le TMI en SASU à l'IR dépend de la situation fiscale globale du foyer, pas seulement des revenus de la SASU.
Les 3 situations où l'IR est vraiment intéressant
L'option IR n'est pas systématiquement mauvaise. Elle est pertinente dans des situations précises.
Vous démarrez et générez des déficits les premières années. En SASU à l'IR, les déficits de la société s'imputent directement sur les autres revenus du foyer, réduisant votre IR global. En SASU à l'IS, les déficits restent dans la société et ne peuvent pas être déduits de vos revenus personnels.
Votre foyer fiscal est peu ou pas imposable. Si votre taux marginal d'IR est à 0 ou 11% (revenus du foyer très limités), payer 11% d'IR et 17,2% de prélèvements sociaux peut être moins cher que de payer l'IS à 15% plus les charges sociales sur un salaire.
Vous avez une vision à très court terme. Si vous savez que votre SASU sera dissoute dans 12 à 18 mois, l'IR simplifie la gestion en évitant la double imposition IS + flat tax sur les dividendes lors de la dissolution.
Le piège le plus fréquent : ne pas anticiper la fin des 5 ans
Les entrepreneurs qui ont opté pour l'IR dès la création et ont construit leur stratégie sur ce régime se retrouvent parfois déstabilisés à la fin des 5 ans. La bascule automatique à l'IS change profondément la logique de rémunération : ce qui était imposé directement à l'IR devient soumis à l'IS, et les dividendes passent par la flat tax.
Anticiper cette transition en travaillant avec votre expert-comptable 12 à 18 mois avant la fin de la période IR permet d'adapter votre stratégie de rémunération progressivement plutôt que de subir un changement brutal.
Excilio réalise des simulations IS / IR personnalisées pour les créateurs de SASU, en intégrant votre situation fiscale complète (autres revenus du foyer, charges déductibles, objectifs de protection sociale) pour vous recommander le régime le plus avantageux dès la création.


